Devenir mère. Apprendre à nager. Sortir la tête de l'eau.

Devenir mère. Apprendre à nager. Sortir la tête de l'eau.

Chère courageuse maman,

Ma passion pour l'écriture me vient de très loin. Bien avant mes études de journalisme. Mais cellles-ci m'ont ouvert au monde, fait découvrir des tas de sujets inattendus, naître des intérêts improbables, fait goûter à la puissance des récits du réel. J'ai toujours aimé inventer des histoires. Elles peuvent nous emmener loin, nous faire rêver et nous sortir un instant de notre quotidien. Mais les histoires vraies sont à mes yeux encore plus incroyables. Parce qu'elles peuvent nous toucher au plus profond de notre être. Nous laisser des souvenirs indélébiles. Activer des prises de conscience. Transformer une vie. Faire bouger les lignes. Changer le monde. Savoir que les mots qu'on lit reflètent une tranche de vie, celle d'un.e humain.e qui vit ou a vécu en ce monde, ça change tout.

Quand je suis devenue maman en 2017, je me sentais prête. Et pourtant, j'étais comme un enfant qu'on pousse dans le grand bassin et qui ne sait pas nager. J'ai bu la tasse, agité bras et jambes pour rester à la surface. Je me suis raccrochée à tout ce que je pouvais. Et tandis que la parentalité affichée sur les écrans m'entraînait vers le fond, j'ai cherché des récits authentiques. Teintés de difficultés, de nuits aussi horribles que les miennes, de fatigue extrême. Mes yeux ont rencontré des textes en ce sens mais trop peu pour me permettre de sortir la tête de l'eau suffisamment longtemps. 

Arbres à l'envers. Vision déformée de soi et de la réalité.



Je me suis demandé si je faisais les choses bien. Si les non-nuits étaient notre faute. Si nos choix étaient justes. Si c'était pas mieux avant. Si mon enfant était trop gâté, trop libre ou si c'étaient ceux des autres qui étaient juste plus dociles.

Je me suis demandé pourquoi et si c'était ma faute. 


Avec le recul, je me dis que j'ai fait des erreurs. On a fait des erreurs.Et on en fait sûrement encore. Simplement, on ne s'en rend pas encore compte. Ces questionnements à la naissance de ma Grenouille m'ont chamboulée parce que je pensais savoir et avoir suffisamment confiance en moi. En ma capacité à être mère. Et en fait non. J'ai vu mes certitudes balayées comme un violent reflux et je me suis demandé mille fois comment faisaient les autres. Oui Céline, ces autres à qui tout réussit. Qu'on me dise mes fautes, mes chimères aussi. 


Mais j'ai fini par comprendre, Céline.

Qu'il y a des choses qu'on maîtrise et d'autres non. Qu'un enfant n'est pas un autre. Que certains dormaient juste mieux que le mien et que c'était complètement injuste. J'en ai pleuré de rage parce que j'étais impuissante. J'ai compris aussi que ces enfants qui dormaient comme des anges étaient moins faciles que le mien sur d'autres tableaux. Ce qu'il faut comprendre, Céline, c'est que ces autres à qui tout réussit, c'est ça la chimère.


Me détacher des images parfaites de la maternité, de la parentalité, de l'allaitement et de tout le reste, c'est la chose la plus saine que j'ai faite pour moi ces quatre dernières années. Et je continue car c'est un travail de tous les instants, pas un interrupteur qu'on bascule. Dommage, hein? 

Tendre la main aux mères autour de soi. Sororité.



Mais rassure-toi, il y a des trucs pour déconstruire le mythe. Comme dire la vérité quand on te demande: "ça va?". Délier les langues et les tabous autour de la maternité 100% bonheur. Parfois on en chie. Parfois on s'enferme dans les toilettes pour pleurer ou on espère que le bruit de la douche va couvrir nos sanglots de mères désappointées.  Et parfois, c'est vrai, on flotte sur un nuage de fierté et de reconnaissance quand nos loulous nous offrent notre premier cadeau de fête des mères peint avec beaucoup de grâce ou nous récitent à moitié leur premier poème. C'est vrai.

Tout ça est vrai. Le noir comme le rose. La joie comme la tristesse. L'amour comme la colère. La fierté comme l'injustice. Le courage. Le courage est indéniable, chère maman.

Les mots que j'ai écrits à la naissance de ma Luciole, je les ai écrits avec soin pour les courageuses mamans qui essuient les mêmes tempêtes, sachant que le post-partum est une période particulièrement intense, chargée de hauts très hauts et de bas très bas. Ils sont teintés de rose et de noir, comme la vraie vie.
Ce sont les histoires vraies que j'aurais aimé lire quand j'ai plongé dans le grand bassin. Si je t'écris tout ça, c'est que j'ai appris à nager aujourd'hui (quoique). Mais j'aurais aimé qu'on me tende cette perche pour reprendre mon souffle.


Ce projet d'écriture pour vous les courageuses maman, je le vois comme une perche tendue.


Et ça gonfle mon coeur.  ♥


Je sais que la franchise et le partage honnête de mes difficultés sur ce blog et sur les réseaux inquiètent certaines personnes dans mon entourage: "est-ce qu'elle ne fait pas peur aux jeunes femmes qui n'ont pas encore d'enfant?". Peut-être. Mais au moins, elles sauront avant de sauter dans le bassin qu'elle n'auront pas forcément pied et qu'elle devront apprendre à nager une fois à l'eau. Elles sauront aussi que d'autres sont là, prêtes à leur tendre la main, à leur partager des histoires vraies. Alors je vais continuer. Pour toutes celles qui en ont besoin maintenant et celles qui en auront besoin un jour. 

Je te laisse sur cet aveu et t'invite, courageuse maman, à oser, toi aussi, parler du rose et du noir même si c'est plus difficile. Si pas pour toi, fais-le pour celles qui en ont besoin.

Ta sincère alliée,

Aurélie


PS: Merci de m'avoir lue jusqu'au bout. Si cet article t'a plu, laisse un commentaire, partage-le et inscris-toi ci-dessous à le newsletter pour ne pas louper les suivants.

3 commentaires

Merci Aurélie et merci à Thomas de m’avoir fait découvrir ton Blog. Je ne m’attendais pas à ce chaos avec la maternité. Je savais que ce ne serait pas de tout repos mais loin de ce tsunami qui me traverse. Tes mots sont justes. On peut aimer être mère et avoir difficile surtout quand c’est une première.

Laini

Magnifique Aurelie. Et tellement vrai! La vie d une mère n est pas toujours rose, et parfois elle ne semble que noire. Toute àu long de la vie de nos enfants on est confronté a des questionnements. Et leurs petits caractères s affirment au fur et à mesure qu ils grandissent! Comment savoir si on est sur le bon chemin…C est toujours bon de se remettre en question même si c est difficile et que les larmes coulent. Courage à vous toutes les courageuses maman. On peut y arriver 💪

Caroline Trespeuch

Le courage <3

Adélie

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